«Malgré les obstacles, l’UMA n’a pas perdu sa raison d’être»
Pour Adil Moussaoui, enseignant
chercheur en relations internationales, les crispations politiques entre
les États membres entravent toujours la relance de l’UMA. Selon lui, en
dehors de la création d’une banque maghrébine d’un capital de 100
millions de dollars, aucune réalisation majeure ne figure à l’actif de
cet ensemble régional.
Le Matin :
Partagez-vous l’avis de ceux qui disent que l’UMA, un quart de siècle
après sa création, peine à s’affirmer en tant que bloc régional ?Adil Moussaoui : Je pense que 25 ans après la signature du traité de Marrakech, l’Union du Maghreb arabe (UMA) est toujours en panne, elle n’a pas réussi jusqu’à maintenant à atteindre le niveau de fonctionnement d’un bloc régional, contrairement aux autres expériences régionales, qui ont fait preuve de plus d’efficacité en termes d’intégration régionale. On peut citer à ce niveau les 28 États de l’Union européenne ; le marché commun de l’Amérique du sud (Mercosur) qui regroupe le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay, le Chili, la Bolivie et le Pérou ; la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ; l’ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique) créée en 1967 en pleine guerre froide pour lutter contre le communisme ; la zone de libre-échange qui comprend le Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, la Malaisie, le Myanmar les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam. Tous ces regroupements géopolitiques ont manifesté la détermination de s’adapter aux évolutions et aux défis de la mondialisation.
Quels sont, d’après vous, les obstacles objectifs qui entravent l’essor de cette Union ?
Certes, il y a des facteurs objectifs qui sapent le décollage de l’UMA, à savoir le conflit du Sahara marocain, qui demeure le facteur majeur dans cette situation de blocage. L’Algérie maintient toujours la même position hostile au sujet de l’intégrité territoriale du Maroc et continue à jouer la carte du «Cavalier seul» dans la région, par son soutien aux séparatistes du «polisario». Cette hostilité rend impossible le développement d’une structure de coopération régionale.
Quelles sont les conditions qu’il faut remplir pour relancer l’UMA ?
Il convient de rappeler ici que les crispations politiques bilatérales entre les États membres entravent toujours la relance de l’UMA. Inversement, on peut penser à d’autres alternatives et créer d’autres conditions pour surmonter la situation actuelle. Dans ce cas, je me réfère à l’initiative lancée l’année dernière par le Président tunisien Monsif El marzouki à l’occasion de sa tournée maghrébine. Il a appelé à instaurer cinq libertés dans les pays de l’UMA : déplacement, résidence, travail, investissement et élections municipales. À mon sens, la concrétisation de ces libertés peut contribuer davantage à la relance de l’UMA par le bas et faciliter par la suite une intégration économique commune selon les étapes suivantes : d’abord, l’institution d’une zone de libre-échange avec le démantèlement de l’ensemble des obstacles tarifaires en commerce, ensuite, l’union douanière tendant à instituer un espace douanier unifié et, enfin, un marché commun qui devrait consacrer l’intégration des économies maghrébines.
Quels sont d’après vous les principaux défis auxquels l’UMA sera confrontée dans les prochaines années ?
Malgré les obstacles enregistrés, je crois que l’UMA n’a pas perdu sa raison d’être, parce que l’idée de la construction d’un espace maghrébin commun demeure un choix stratégique irréversible. Selon des études effectuées, le coût de la non-intégration économique se traduit par une perte de 2% de taux de croissance du PIB des États membres, chose qui explique la nécessité de pousser plus avant le processus d’intégration économique, et ensuite, de conforter le positionnement de l’UMA dans la carte de la géoéconomie mondiale. Compte tenu, des évolutions intervenues récemment dans l’espace maghrébin, l’UMA doit adopter une nouvelle architecture de sécurité régionale capable de lutter contre les menaces transfrontalières émanant notamment de la zone sahélo-saharienne.
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